Dictionnaire de François Humbert

A comme Anatomie

L’anatomie fut l’une des passions de François Humbert. Dans sa jeunesse, l’approche des cadavres le contraint pourtant à une introspection personnelle : « J’avais beaucoup de répugnance dans l’idée qu’il fallait me familiariser avec les morts qui étaient toujours pour moi un objet d’effroi. »

Passé cette appréhension, une grande partie de sa carrière fut consacrée à l’anatomie. D’autant que pour lui, il s’agissait de l’une des deux sciences fondamentales, la mécanique étant l’autre, qui devaient être maîtrisées pour devenir un bon orthopédiste.

Dès les premières années de sa carrière, il plongea dans l’étude de l’anatomie. Avant qu’il eu les moyens de disséquer des cadavres, il s’employa avec des animaux : « Ne pouvant disséquer, je n’avais point d’argent pour payer des cadavres, je m’occupais à disséquer des rats, des souris, tout ce que je pouvais me procurer. » Puis il pratiqua des dissections et confectionna des « pièces anatomiques » pour son patron, Joseph Huttier. Lors de son séjour à Paris, il suivit également différents cours d’anatomie, notamment celui dispensé par G. Cuvier au Muséum national d’histoire naturelle. En qualité de prosecteur d’amphithéâtre, il enseigna à plusieurs reprises l’anatomie, tant à Grenoble, à Paris, qu’à Châlons-en-Champagne, dispensant ses enseignements à des étudiants en médecine, des artistes et des curieux.

Au cours de ses expertises, il démontra son savoir. En 1835, le docteur Bérard, professeur à la faculté de Paris, lui remit un squelette à examiner : « M. Humbert fut alors sollicité pour expliquer les méthodes qu’il comptait utiliser pour corriger la difformité que nous venions de constater. Des pièces d’un squelette humain lui furent présentées et servirent d’appui à ses démonstrations. Le résultat de cette forme d’examen, auquel nous avions appliqué les critères les plus stricts, s’avéra favorable à M. Humbert… »

Ses publications témoignent de son savoir. En 1835, il publia la toute première planche d’anatomie pathologique illustrant une luxation congénitale de la hanche. Enfin, son cabinet d’histoire naturelle à Morley abrita divers squelettes humains, mais aussi plusieurs squelettes d’animaux.

B comme Bain

Les bains ont une longue histoire d’utilisation à des fins thérapeutiques, remontant à l’Antiquité. Chez François Humbert, l’idée d’exploiter les bienfaits de l’eau à des fins médicales était une aspiration de longue date. À un moment donné, il envisagea d’ouvrir un établissement d’hydrothérapie, exploitant les ressources de la rivière voisine, la Saulx.

Pour étayer l’utilisation des bains en orthopédie, F. Humbert se basa sur les recherches du docteur T. Rapou. Dans l’ouvrage, publié en 1819, ce médecin lyonnais identifia l’efficacité des fumigations comme une méthode prometteuse pour traiter divers problèmes orthopédiques, y compris les « déviations de l’épine ». À l’époque, les approches mécaniques prévalaient pour ces cas. Cependant, Rapou soutenait que les bains de vapeur, en plus de leur rôle d’auxiliaires, avaient le potentiel de ralentir la progression des maladies chez les jeunes patients. Il affirmait que « Peu de déviations récentes résistent à l’application prolongée de la méthode fumigatoire. Même si certaines déformations de l’épine, en particulier les anciennes, ne cèdent pas entièrement, sous son influence, elles cessent de progresser. »  Essai sur l’atmidiatrique, 1819

Ainsi, l’établissement de Morley fut équipé de bains et d’installations pour les fumigations. François Humbert adapta son établissement. « Comme ma maison est voisine de la rivière, je pouvais facilement au moyen d’un conduit faire arriver l’eau dans ce réservoir. Ce projet fut expérimenté et nous avions constamment à notre disposition de cent cinquante à deux cents tonneaux, une pompe y fut établie. »  Puis un local spécifique est défini : « Le local consacré aux bains ne présente qu’une surface de 278 pieds carrés, sur une hauteur de 14 pieds divisée en deux parties, l’une de 7 pieds au niveau du sol pour les baigneuses, l’autre au-dessous où se fait le feu. »

Les bains de Morley sont prodigués tôt le matin dès 2 heures du matin, nécessitant toute une organisation logistique. Ils durent 15 minutes. « A deux heures du matin, la fille chargée du service des bains les dispose, pour que toutes les personnes de l’établissement qui en font usage puissent les trouver prêts à leur arrivée. Quand cette fille juge qu’ils sont suffisamment chauds et que la température des appartements est à un degré convenable, elle va réveiller d’autres filles de service chargées de dégager mes malades de leurs appareils, de les lever et de les conduire aux bains. Les jeunes personnes, qui arrivent à tour de rôle, sans aucune autre distinction, se baignent deux à deux séparément et dans le même local. Or, comme les bains sont de deux espèces, les émollients et les fortifiants, il y en a quatre administrés en même temps, et la durée de chaque est de quinze minutes. L’opération terminée, les baigneuses sont reconduites à leurs lits et les appareils réappliqués au même instant. Les premières sont remplacées par d’autres et ainsi de suite. »  Ce sont « des bains de vapeurs sèches, de vapeurs humides, émollientes, toniques, aromatiques, sulfureuses, des bains généraux, locaux, de température différente, des douches ascendantes, descendantes, horizontales, de vapeurs ou d’eaux chaudes ou froides, à la même heure et séparément ».

C comme Cruro-Pelvi-Mètre

François Humbert inventait des mots !

Cruropelvimètre, n. m. 1835 (F. Humbert) Emprunté à la terminologie médicale grecque à partir de « pelvi-crural », adjectif relatif au bassin et à la cuisse, et « mètre » mesure.

À une époque où les technologies médicales modernes telles que la radiographie n’existaient pas, évaluer et comparer les membres du corps humain représentait un défi considérable. Dans le contexte des luxations de la hanche, la précision de la mesure des membres inférieurs était cruciale pour établir un diagnostic précis. Traditionnellement, on utilisait des cordons et des fils pour effectuer ces mesures, mais cette méthode classique produisait souvent des résultats imprécis et suscitait des controverses.

C’est dans ce contexte que F. Humbert conçut un instrument révolutionnaire à Morley, permettant de mesurer avec une précision mathématique les altérations des membres inférieurs, à partir du bassin. Ce dispositif permettait également de comparer ces membres sous différents angles, notamment leur volume, leur position et leur forme. Cette machine était conçue pour détecter divers types de raccourcissements des membres, notamment ceux liés aux déplacements, aux inclinaisons et aux rotations du bassin.

Une caractéristique remarquable de cet instrument était sa capacité à réaliser ces mesures de manière indolore et sans fatiguer le patient. De plus, il permettait de les reproduire régulièrement, ce qui était essentiel pour suivre l’évolution des traitements mis en place.

Le patient était placé en position horizontale, tandis que le cruropelvimètre était positionné à la verticale, mesurant chaque membre de manière précise et fiable.

D comme Docteur

« Au citoyen Humbert,

 L’article de la loi du 19 Ventôse dernier que vous me citez, Citoyen, ne vous est nullement applicable. Vous êtes obligé aux preuves de quatre années d’étude, aux cinq examens, dont deux en latin et à la thèse. »  Thouret, 5 prairial an XI (23 mai 1803)

La loi de ventôse an XI (21 mars 1803) instaure en France un nouveau cadre réglementaire post-révolutionnaire pour l’exercice de la médecine. Elle doit remédier aux problèmes de fragmentation et d’absence d’unité qui prévalaient dans le domaine médical sous l’Ancien Régime. Cette législation établit des critères rigoureux basés sur les diplômes pour qualifier les professionnels de la santé. Deux catégories de médecins sont définies : les docteurs issus de l’Université et les officiers de santé, médecins de second rang, soumis à l’évaluation d’un jury médical départemental. La loi offre également la possibilité à ceux ayant suivi des études ou exercé dans le contexte révolutionnaire non structuré de prétendre au titre de docteur en fonction de leur parcours.

Deux mois après la promulgation de la loi, F. Humbert tente d’obtenir le titre de docteur en médecine en s’adressant à l’école de médecine de Paris. Cependant, la réponse sans appel de J.M. Thouret, le directeur, indique que citoyen meusien ne remplit pas les prérequis nécessaires. Il va donc rester Officier de santé, reconnu par le jury départemental meusien. Il sera reconduit dans son poste après l’attestation de deux notables de Morley qui atteste que F. Humbert exerce l’art de guérir depuis plus de trois ans.

Son fils, Nicolas Jules Humbert, obtient son doctorat en médecine à la faculté de Paris en 1830. Travaillant aux côtés de son père, cette collaboration engendre des confusions, qui perdurent encore comme le montre le nom de la rue de Morley « Docteur Humbert ».

Le titre le plus usité et pertinent est : François Humbert, médecin orthopédiste.

En tant qu’officier de santé, F. Humbert est contraint d’associer un docteur en médecine à son établissement. Le premier médecin est le docteur Champion de Bar-le-Duc, son premier soutien, suivi du docteur Jacquier, avec qui il rédige ses ouvrages. Plus tard, son fils et le docteur Lefevre de Montiers-sur-Saulx se joignent à cette collaboration.

E comme Etablissement

Le premier établissement orthopédique fondé en France est celui de Morley. Dans son traité sur les luxations, François Humbert donne la date de 1817. En Europe, le premier établissement de ce genre semble être celui fondé à Orbe, en Suisse, en 1780 par Jean-André Venel (1740-1790). En Allemagne, l’établissement de J.G. Heine est établi à Würtbourg en 1816, marquant l’invention des premiers lits mécaniques médicaux.

Le deuxième établissement orthopédique français a été établi à Paris en 1821, à la suite du vol des plans du lit de Würzburg. En effet, l’un des frères Milly, ayant été soigné chez Heine, a adopté les principes allemands et les a mis en œuvre dans un établissement qu’il a créé à Chaillot. Par la suite, l’entreprise a été reprise par le docteur Bouvier. L’établissement de Passy, créé par les docteurs Pravaz et Guérin, s’est installé dans le château de la Muette.

Par la suite, plusieurs établissements voient le jour en France, disséminés dans les principales villes du royaume. François Humbert participe notamment à l’ouverture de celui de Lyon, en soutenant son ami Joseph Chaley. Puis Pravaz ouvre son célèbre établissement lyonnais. On peut aussi citer celui ouvert dans le château de Bois Préau à Oulins par le docteur Jal.

À la fin du XVIIIe siècle, certaines pensions destinées aux jeunes filles, placées sous la supervision d’un médecin, commencent à accueillir des jeunes filles malades. On observe une rapide généralisation en leur sein, des lits mécaniques. Cette « frénésie orthopédique » est dénoncée par des chroniqueurs de l’époque, tels que le docteur Claude Lachaisse dans son traité sur les courbures vertébrales (1827), soulignant comment certaines « institutrices transformèrent leur pensionnat en véritable infirmerie ».

Ces établissements, souvent situés dans des lieux bucoliques voire prestigieux, comme le château de la Muette, privilégient le confort voire le luxe pour attirer une clientèle aisée. Malgré son apparence relativement simple, l’établissement Morley comporte deux jardins, des promenades, un théâtre, une salle de bal, une bibliothèque, un billard…

Plusieurs aspects distinguent l’établissement de Morley de ses concurrents. L’absence d’aumônier confirme probablement l’athéisme de Humbert, lui permettant de laisser le libre arbitre à ses pensionnaires quant à leur pratique religieuse. Cette situation pourrait expliquer la présence importante de patientes protestantes. De plus, l’absence d’instituteur lié à l’établissement montre la volonté de F. Humbert de laisser les familles s’organiser elles-mêmes sur l’éducation de leurs enfants. Morley semble plus à une pension de familles o des soins sont prodigués. Par exemple, les familles doivent elles-mêmes si elles le désirent faire l’acquisition d’un piano et le mettre dans leur « chambre ».  Enfin, F. Humbert n’adopte pas la gymnastique comme méthode de soin, ce qui se traduit par l’absence de salles d’activité physique, bien qu’il crée parfois des instruments pour des pratiques sportives.

Une famille d’hommes de loi

Côté paternel :  le père de François est licencié en droit, il descend d’une lignée d’homme de loi. Les aïeuls Edme (1600-1680) & Jean Humbert (1631-1718), Jean (1631-1718) sont procureurs à Brauvilliers. Louis Joseph (1693-1774), l’arrière-grand-père est greffier attaché au maréchal de Broglie, avocat à la Cour. Jean-Baptiste (1716-1789), le grand-père est avocat, bailli, juge, garde et prévôt.  Les épouses et les filles de ces aïeuls évoluent dans la même sphère. L’épouse de Louis  Joseph Humbert est une fille de notaire et celle de Jean-Baptiste est une fille d’avocat. De même, les deux grandes tantes paternelles de François épousent un notaire et un procureur.

Côté maternel : C’est donc logiquement que le père de François épouse une fille d’homme de loi. Pome Delaval est la fille de Jean Delaval, procureur au conseil supérieur et sièges royaux de la ville de Châlons-en-Champagne. Et son frère est avocat à Paris.

Une famille conflictuelle

Les parents de François se séparent quelques années après leur mariage. Le père qui fut procureur au conseil supérieur auprès de son beau-père, quitte son poste pour se lancer dans le commerce du bois. François attribue l’échec final de cette initiative aux « chicaneries » menées par les Delaval contre le jeune époux. Ce dernier repart d’ailleurs vivre en Meuse.

François, seul fils survivant de la fratrie se sent mal aimé, voire persécuté par sa famille maternelle, où il est élevé. L’arrivée dans la famille de Joseph Huttier, son unique beau-frère, fut aussi source de conflit permanent, qui atteint son paroxysme lorsque François alla chercher son fusil pour lui tirer dessus. « Je sortis de la salle à manger, transporté de colère pour me rendre dans la chambre et chargeai mon fusil pour tirer sur lui. » De même, pendant son séjour à Paris, les rapports entre le jeune François et son oncle paternel, célibataire, deviennent si tendus qu’ils cessent de se voir, laissant le jeune étudiant dans la misère.

Le retour en Meuse de sa sœur, le mariage de son neveu, chirurgien, avec une demoiselle de Commercy ne rapprocha pas l’orthopédiste de cette branche familiale.

Les Humbert de Fleury

François épouse, en 1802, sa cousine germaine paternelle : Jeanne de Fleury. Le de Fleury sont une famille noble du barrois. Installée à Morley, cette famille va fixer François Humbert sur les rives de la Saulx, lui donnant une fortune terrienne. Nicolas Jules Humbert naît à Morley en 1803. Tous les espoirs reposent sur ce fils unique. Il est reçu docteur en médecine en 1830 et épouse en 1834 Mathilde Bourgeois de Ménil. Sa mort en 1844, sans postérité marque la fin de l’épopée orthopédique de Morley.

G comme Gigault

Frédéric Gigault (1797-1882) est l’imprimeur lithographe de François Humbert. Originaire du Nord, il s’installe à Bar-le-Duc. Il édite, en association avec J.-B. Baillière, le grand éditeur médical parisien, les ouvrages de l’orthopédiste meusien. Il signe aussi les dessins des machines orthopédiques publiées. Pour les illustrations de l’Essai et observations sur la manière de réduire les luxations de la Hanche… qui ne sont pas des plans d’instruments, mais des planches d’anatomie, il dit avoir utilisé un instrument de son invention, l’HORAMAGRAPHE, dont on ignore les principes.

Il est aussi l’auteur d’un ouvrage sur le Choix d’édifices publics et particuliers construits ou projetés dans les départements (1839-1843). On y trouve les plans du cimetière de Morley et de sa chapelle funéraire. Cette publication est étroitement liée à ses responsabilités en tant qu’inspecteur des travaux communaux de la Meuse. Vendu par livraisons, cet ouvrage rassemble des plans commentés d’une variété de projets, mettant en avant ses propres réalisations ainsi que celles d’Achille Gigault d’Olincourt, son père. Il semble que l’idée d’inclure les travaux d’autres architectes n’a pas rencontré le succès escompté, et la publication semble s’être interrompue bien avant d’atteindre les 10 tomes prévus.

Il va chercher ses pierres lithographiques dans le département meusien et dans la région, mais il modernise ces procédés. L’application des cylindres en fer aux grandes presses lithographiques lui est due ; et, dès l’année 1824, toutes les presses de son établissement, lorsqu’il n’existait encore que bien peu en France, étaient établies d’après son système à cylindres, qu’il annonce lui avoir toujours produit d’heureux résultats. 

Il est membre d’un grand nombre de sociétés savantes et se vante de nombreuses distinctions. Il est à la tête du bureau meusien de la société nationale d’émancipation intellectuelle et industrielle, à laquelle F. Humbert adhère également.

Il publie Le Père de famille, journal progressif de l’instruction populaire. Bonapartiste, il a des déboires politiques avec la société du Dix Décembre, dont il est membre.

Il signe parfois uniquement du nom d’Olincourt, ce qui lui vaut différents quolibets.

H comme Hybomètre

Selon l’un des biographes de F. Humbert, l’orthopédiste meusien eut une révélation en pleine nuit, donnant naissance à un nouvel instrument médical : l’hybomètre. Ce dispositif visait à mesurer avec une précision mathématique les dimensions, l’état et les nuances les plus subtiles des difformités de la taille.

Cette invention fut dévoilée dans un ouvrage de Humbert et il fut même publié dans un tiré à part en 1834. Une maquette de l’hybomètre a été donnée à l’université de Nancy, à la mort de Humbert, cependant, la trace de cet objet s’est malheureusement perdue. Néanmoins, le terme « hybomètre » a intégré certains dictionnaires médicaux.

Dans un premier temps, cet instrument a suscité la curiosité parmi les parents des patientes présentes à Morley. Cependant, les mentalités de l’époque n’étaient pas axées sur la recherche scientifique ni sur l’expérimentation. Lorsqu’il fallut placer les patients nus dans cet appareil, des réticences se firent sentir : « comme nous avions dans l’établissement plusieurs dévotes, elles trouvèrent mauvais qu’on avait fait cette expérience sur une fille qui n’était point en traitement, qu’il y avait de l’immoralité dans notre conduite, et beaucoup d’autres propos aussi inconvenants. Je n’y fis aucune attention. Cependant, elles montèrent tellement la tête aux jeunes personnes, qu’il me fut impossible de me servir de l’hybomètre pendant plusieurs mois

Pour terminer ce qui a rapport à cette machine, quand les Demoiselles qui avaient été mesurées, furent sur le point de quitter l’établissement, je voulus recommencer pour être à même de comparer les dessins entre eux. Cela me fut impossible. Voilà le raisonnement qu’elles faisaient : je suis guérie, à quoi me servira de me laisser mesurer, beaucoup d’autres Demoiselles sont sorties et ne l’ont pas été. La chose est inutile. Elles n’envisageaient pas l’immense avantage qu’on pourrait en retirer. D’un autre côté, les autres Demoiselles entrantes se refusaient à cela, enfin le pauvre hybomètre resta là, dans un coin, ne servant que comme objet de curiosité pour les personnes qui venaient me visiter. »

I comme Inventaire

Parmi tous les inventaires liés à F. Humbert, celui conservé par le Musée barrois se distingue en premier lieu. Il s’agit de la liste exhaustive des dons offerts à la ville de Bar-le-Duc par la famille Humbert à la suite du décès de l’orthopédiste.

Grace à lui et à d’autres inventaires ou archives, nous avons retrouvé d’autres pièces ayant appartenu à Humbert et qui furent données à différentes institutions de la région. Certaines de ces pièces représentent aujourd’hui des œuvres d’art de premier plan au sein des collections publiques, que ce soit en raison de leur qualité ou de leur originalité singulière. Mais la collection la plus significative demeure au Musée barrois, où se trouvent les œuvres les plus emblématique.

Ces œuvres, constituaient ce que nous pouvons appeler le « cabinet de curiosité » de l’orthopédiste. Nous pouvons le catégoriser en plusieurs rubriques.

La collection d’ostéologie : un médecin passionné d’anatomie, comme F. Humbert possède une variété de squelettes, comprenant des spécimens humains de différents âges et sexes, ainsi qu’une collection éclectique incluant un crâne d’hippopotame, des rostres de poisson-scie et divers autres animaux tels que des poissons, des poules etc

La collection monétaire : achetée en partie à la famille de Poye d’Avan, célèbre numismate vendéen, la collection de pièce de F. Humbert était de premier ordre. Sa collection intriguait par la présence de drôle de pièce en cuir, des méreaux : « M. le docteur Humbert de Morlay en possède plusieurs. C’est un morceau de cuir rond de 0m,036 de diamètre et 0m,004 d’épaisseur, marqué d’un seul côté. Il offre trois fleurs de lis disposées comme celles de l’écu de France… » La collection fut vendue à un bijoutier de Bar-le-Duc

La collection archéologique : de nombreux pièces archéologiques proviennent de découvertes réalisées aux environs du village de Morley (clé romaine, urne cinéraire…). La Meuse est une région riche en vestiges romains et gallo-romains. Le pilastre, dénommé « la stèle de l’oculiste » est une œuvre importante. Trouvée en 1829, aux abords de Morley, cette pièce prestigieuse, représentant un soin oculaire. Elle sert de logo à la Société Francophone d’Histoire de l’Ophtalmologie.

La collection des militaria : plusieurs armures, hallebardes, casques, poignards sont mentionnés. Ils semblent provenir du château des princes de Joinville (Haute-Marne). Pour rappel, F. Humbert fut pendant quelques mois chirurgien en chef à l’hospice de cette ville.

La collection ethnographique : cette collection renferme divers objets étrangers : fruits exotiques, outils, objets d’art… Actuellement, la pièce la plus prestigieuse du musée provient de cet ensemble. Le zemi Taïno est une pièce en bois du XIIe siècle, originaire d’une civilisation disparue des Antilles.  

La collection d’œuvres d’art : des tableaux, un coffret du XVIe siècle ayant appartenu à la princesse Marie-Antoinette de Lorraine, un émail de Limoges, et d’autres objets décoratifs montrent l’intérêt de l’orthopédiste pour l’art.

La collection de livres ; nous savons qu’il existait une bibliothèque à Morley. Le seul livre prestigieux connu est un livre d’heures conservées à la bibliothèque de Verdun.

La collection de minéraux : il faut citer également sa collection de minéraux, certainement constituée par l’intermédiaire de son ami, Pierre-Louis-Antoine Cordier, Pair de France, président fondateur de la Société géologie de France et des collections de géologie au Muséum National d’Histoire Naturelle. Cette collection fut donnée à Nancy

Les maquettes orthopédiques : la collection des maquettes orthopédique illustrent l’ensemble des inventions de Humber. Ce sont plus de quarante maquettes en acajou qui illustrent de manière concrète les méthodes mises en œuvre à Morley. Elles sont présentées à l’Institut des Sciences en 1834, puis à l’exposition publique des produits de l’industrie française. Restaurées au printemps 2017, elles représentent un patrimoine scientifique de premier plan, et un des rares encore conservé.

J comme Joinville

Le passage de F. Humbert à Joinville marque un tournant dans la carrière du jeune trentenaire.

  • Un tournant dans sa carrière, il va quitter l’état d’officier de santé
  • Un tournant dans son assurance personnelle à gérer un établissement, comme un hospice
  • Un tournant dans sa fortune, en héritant des bien de son beau-père.

C’est en 1805 que l’hospice de Joinville recrute un chirurgien en chef. Suite aux candidatures reçues, la commission retient celle de F. Humbert, officier de santé établi à Morley. Pour confirmer cette nomination, Nicolas Pilotel, administrateur de l’hospice e demande des preuves écrites « des opérations marquantes que Monsieur Humbert a pu faire et qui dénotent un vrai talent ».

Le CV de F. Humbert décrit plusieurs opérations menées à Dammarie, Biencourt, Brauvilliers et autres communes des envions : « Fistules […] tumeurs fémorales […] cancer à la mamelle […] polypes carcinomateux […] Vous parlerai-je du succès que j’ai eu dans le traitement des maladies des yeux, des fractures, des luxations, des hémorragies nasales, en un mot de toutes les opérations journalières qui se pratiquent dans les campagnes ! Non, car je craindrais de vous ennuyer par des détails ennuyeux et longs. Ce que je veux vous dire, c’est que l’anatomie a été la base fondamentale de mes études et la connaissance la plus essentielle pour la chirurgie. »

Il va reformer l’hospice de Joinville, et promulguant un règlement intérieur en 7 points : « Article 1 : La grande salle d’opération est convertie. F. Humbert est autorisé à y pratiquer des cours d’anatomie et de chirurgie. Article 2 : La Mère supérieure doit organiser les linges à usage des blessés et doit les donner sur demande des officiers de santé. Article 3 : Création d’un brancard et d’un lit pour les blessés ayant des fractures. Articles 4 : Les cadavres ne resteront plus dans les salles, ils seront transportés dans la salle des médecins. Ils ne resteront pas plus d’une heure, en attente dans le vestibule d’entrée, le jour de leurs funérailles. Il y aura aussi des bières de différentes tailles en réserve. Article 5 : Les médicaments et les régimes prescrits, seront écrits dans un cahier pour permettre leur fabrication et leur distribution. Article 6 : La Mère supérieure nommera parmi les domestiques mâles, un infirmier qui assistera les médecins. Article 7 : La pharmacie de l’hospice sera vérifiée par un pharmacien externe pour éliminer les produits de mauvaise qualité et se procurer les produits nécessaires. Cette visite sera faite tous les trois mois ».

Ses relations avec le personnel religieux reste conflictuelles, leurs divergences se situent dans la prise en charge médicale. F. Humbert estime que les soins qu’elles prodiguent sont archaïques, et l’oblige à « suivre la chirurgie des premiers temps où elle n’était pas éclairée par le flambeau de l’anatomie, suivre en un mot la volonté des personnes qui ne savent pas ce que c’est qu’un malade, ni un médicament et être une vraie machine. » Mais c’est aussi la conception même de la relation soignant-soigné qui les sépare. « C’est alors que je commençais à voir le peu d’humanité qu’il y avait dans cette maison et le but principal était d’amasser, d’économiser et de se soucier fort peu que les malades soient bien ou mal, ayant perdu de vue le but des fondateurs de cette maison. Voilà le commencement des troubles, voilà que je commençais à pénétrer dans la dureté et l’insensibilité de femmes qui sont, par état au service des malheureux et qui ont abandonné les belles qualités de leur sexe, se faisant gloire d’être inflexibles à tout ce qui peut toucher les âmes sensibles et en imitant les déesses sévères.»

Mais c’est en prétextant la mort de son beau-père (et l’héritage que ce dernier a laissé), qu’il annonce sa démission seulement quelques mois après sa nomination.

K comme Kerinou

C’est grâce à la demande en 1822 de Pierre-Marie DANIEL de KERINOU, ex-procureur du roi, ancien président du conseil général des Côtes-du-Nord et ancien maire de Ville de Lannion au Préfet de la Meuse que l’établissement de Humbert va affirmer sa légitimité.

Le 5 décembre 1822, ce breton interpelle le préfet de la Meuse au sujet de l’établissement meusien. Sa petite-fille, Marie Anne Yvonne Eléonore, née le 15 aout 1806, souffre d’une scoliose. Par sa mère, elle est parente avec le célèbre navigateur Louis-Antoine de Bougainville, qui réalisa le premier tour du monde. « J’ai une fille de seize ans, que la nature avait favorisé des formes les plus régulières et de la plus jolie figure. Elle était depuis trois ans dans une maison religieuse et d’éducation à Quimper. Je l’en ai retirée au mois de juin dernier, dans un état de rachitisme pitoyable, l’épine du dos dérangée de la ligne droite, une épaule plus grosse que l’autre, l’omoplate saillant en dehors, la tête, le corps penché et deux côtes rentrées et se repliant dans l’intérieur ».

Dans ces temps, où de nombreux charlatans font office, ce notable se questionne : « Je m’importe principalement de savoir, si monsieur Humbert a trouvé les moyens, je pourrai dire les secrets, de redresser les déviations de l’épine dorsale et de la rétablir dans la ligne droite et naturelle. Et s’il en produit des exemples vérifiés sur des adultes. »

Cette demande contraint le préfet à nommer plusieurs expertises. Le docteur Moreau (1778-1846) de Bar le Duc lui affirme dans un courrier que « les déviations de l’épine dorsale ne peuvent être guéries par des moyens mécaniques ; les gens de l’art qui font usage des remèdes de ce genre sont, sans exception, des ignorants ou des fripons : mais le malheur rend crédule et écarte des routes de l’expérience. C’est sur cette disposition que l’imposture calcule. »

Le 15 décembre, il sollicite le docteur Brion, de Saint-Mihiel « médecin le plus instruit du département et dont la réputation s’étend sur plusieurs autres départements  » en lui demandant de faire une visite d’inspection à Morley, avec le pouvoir de fermer l’établissement, s’il le juge nécessaire. Après une visite impromptue chez Humbert, le docteur Brion conclut son rapport : « je pense donc que l’établissement que M. Humbert a formé à Morley, pour redresser les déviations de la colonne épinière est utile et qu’il doit être encouragé. »

La famille Daniel de Kérinou envoie donc leur fille à Morley dès qu’une place se libèrera à Morley, confirmant ainsi la place nationale que va prendre l’établissement meusien.

L comme Luxation

C’est en 1828 que F. Humbert révolutionne la médecine. C’est peut-être parce qu’il est éloigné des grands centres universitaires, c’est peut-être parce qu’il n’est pas docteur en médecine, c’est peut-être parce que ce premier patient est un parent, que l’orthopédiste meusien se lance, contre les préceptes du célèbre docteur Dupuytren, dans un traitement contre une maladie réputée à l’époque comme incurable : les Luxations Congénitales de la Hanche.

Son procédé est mis en œuvre au départ pour une luxation traumatique de la hanche sur un jeune homme de sa famille, Alfred Germond de Lavigne. Puis il va reproduire avec succès ces mêmes principes thérapeutiques sur des LCH.

En 1834, il publie sa théorie : »Essai et observations sur la manière de réduire les luxations spontanées de l’articulation illio-fémorale, méthode applicable aux luxations congénitales et aux luxations anciennes par cause externe « . Puis pour faire connaitre son procédé, F. Humbert utilise les différents canaux de communication de l’époque : article, sociétés savantes, exposition, maquette pédagogique… F. Humbert n’hésite pas à envoyer ses ouvrages à certains grands personnages. Ainsi, en 1837, le ministre de l’Instruction publique, F. Guizot l’informe qu’il a présenté son ouvrage sur les luxations à sa Majesté.

Ses travaux expérimentaux suscitent alors critiques et espoirs, tant en France qu’à l’étranger. Et ce sont de nombreux enfants qui affluent vers Morley se faire soigner.

Mais les travaux de F. Humbert vont être prétexte à une nouvelle série d’affrontements scientifiques. L’orthopédie, cette nouvelle discipline pédiatrique, est ponctuée de controverses. Ainsi le docteur Pravaz de Lyon bien que reconnaissant la voie ouverte par F. Humbert sera le fer de lance des critiques virulentes qui s’abattent sur les procédés de F. Humbert. Il faut attendre 1836, pour que l’Académie Royale des Sciences salue les travaux de l’orthopédiste meusien, sans pour autant prendre un positionnement définitif. Enfin, par le soutien de ses amis, il obtient la Légion d’honneur, en 1837.

Aujourd’hui le dépistage pédiatrique systématique et la prise en charge précoce des LCH n’enlèvent rien aux principes de réduction édictés par F. Humbert, qui sont toujours en vigueur.

M comme Montyon

Antoine Jean-Baptiste Robert Auget, baron de Montyon (1733-1820) est un homme de loi qui fit plusieurs donations aux différentes académies pour fonder des prix. L’Académie des sciences mit ainsi en place des prix Montyon de statistiques, de mécanique, de physiologie, de médecine de chirurgie et des arts insalubres.

Le 26 juillet 1830, l’Académie des Sciences lance comme sujet du prix de Chirurgie à décerner : « Déterminer par une série de faits et d’observations authentiques, quels sont les avantages et les inconvénients des moyens mécaniques et gymnastiques appliqués à la cure des difformités du système osseux ». En 1832, neuf pièces adressées à l’Académie ont été examinées par une commission composée de MM. Larrey, Magendie, Serres, Double et Savart. Mais aucun des concurrents n’ayant mis la commission chargée de décerner le prix à même de vérifier sur des personnes atteintes de difformités (ainsi que l’exigeait le programme) l’exactitude des faits énoncés dans les mémoires, seule manière de leur donner l’authenticité désirable, l’Académie s’est vue forcée de remettre la question au concours pour l’année 1836, en invitant les concurrents à remplir littéralement les conditions énoncées au programme. « Les concurrents devant communiquer avec les commissaires de l’Académie pour la vérification des faits et l’emploi des machines, il est indispensable que les mémoires soient signés, et que les auteurs fassent connaître le lieu de leur résidence. La description des soins sera accompagnée de dessins détaillés ou de modèles ; et leur manière d’agir devra être démontrée sur des personnes atteintes de difformités. Le prix consistera en une médaille d’or de la valeur de dix mille francs. Les mémoires devront être remis au secrétariat de l’Institut avant le 1er avril 1836. »

Humbert va concourir à ce prix Montyon. Trois caisses de maquettes de ses inventions, la liste de témoignages de patients ou de personnalités, dont certains médecins de 1er ordre et bien sur son ouvrage « De l’emploi des moyens mécaniques et gymnastiques dans le traitement des difformités du système osseux », qui contient quatre tomes et deux volumes de planches. Un ex libri de l’ouvrage rappelle cette circonstance.

Au bout de 6 ans, douze mémoires ont été reçu et accepté. Pour l’Académie, deux ouvrages sortent du lot : 1er prix, 10 000 francs à Jules Guérin (1801-1886) : 16 volumes in folio manuscrits et 2 ème prix, 6 000 francs à Sauveur Henri Victor Bouvier (1799-1877) : 9 volumes in folio manuscrits.

Ayant pris connaissance des travaux de Humbert, l’Académie s’apprête à rendre hommage à ses recherches. Le baron Larrey exprime son admiration pour l’invention de l’hybomètre, et l’Académie décide d’octroyer une récompense de 3 000 francs à Humbert afin de l’encourager dans ses travaux.

N comme Noblesse

François Humbert n’appartient pas à la noblesse, mais il se permet parfois d’utiliser le nom Humbert de Fleury. Pourtant, la noblesse est omniprésente dans le quotidien de notre orthopédiste. La noblesse dans sa famille est notable : du côté maternel, des liens sont tissés avec la noblesse de Châlons-en-Champagne, notamment avec les familles Lemoyne de Villarsi, de Narcy, et de Pinteville. En 1770, sa tante maternelle épouse Louis de Vige de Vamont, seigneur de Droully.

En 1802, François Humbert épouse Jeanne de Fleury, dernière descendante d’une famille noble du Barrois. Leur fils, Nicolas, se marie en 1834 avec Mathilde Bourgeois de Ménil, établissant ainsi des relations avec de grandes familles du Barrois telles que de la Morre, Brigeat de Lambert, Brion de Morlaincourt, Fourrier de Bacourt. Son neveu, Vaillant Huttier, épouse quant à lui Louise de Barthelemy, établissant des alliances avec les de Saint-Mihiel et les de Widrange. François Humbert mentionne également un de ses patients comme parent, le jeune Alfred Germond de Lavigne, qui semble avoir des liens avec l’Intendant des Menus Plaisirs de la maison du roi sous l’Ancien Régime, Denis Pierre Jean Papillon de la Ferté.

Dans l’établissement orthopédique, on croise également plusieurs membres de la noblesse. Cécile de Noailles, petite-fille du Duc de Mouchy, est proche parente de la famille des Beauvau Craon. Les marquises d’Harcourt et de Montesquiou ont confié leurs filles à Humbert. Nous pouvons aussi citer les familles de Besse, Brac de la Perrière, de Chalus, de Champagneux, Chebrou de la Roulière…

La noblesse s’invite ainsi régulièrement dans la vie et les relations de François Humbert, l’obligeant à rester vigilant pour maintenir la concorde entre tous les individus fréquentant son établissement. Par exemple, il installe des plaques de cheminée neutres : les fleurs de lys ont été ôtées (mais la couronne royale est maintenue, sans fleurons fleurdelysés toutefois) et remplacées par une étoile, politiquement neutre, afin d’éviter des prises de parti. Les girouettes présentes sur la maison de son beau-père sont peut-être l’un des rares symboles extérieurs de cette noblesse familiale.

O comme Orthopédie

Le mot « orthopédie » a été créé en 1741 par Nicolas Andry de Boisregard (1658-1742), qui explique son étymologie dans son ouvrage éponyme, « L’orthopédie ou l’art de prévenir et de corriger dans les enfants, les difformités du corps » : « Quant au titre en question, je l’ai formé de deux mots grecs, à savoir d’Orthos, qui veut dire droit, exempt de difformité qui est selon la rectitude et de Paidion qui signifie enfant. J’ai composé de ces deux mots, celui d’orthopédie, pour exprimer en un seul terme, le dessein que je me propose, qui est d’enseigner divers moyens de prévenir et corriger dans les enfants, les difformités du corps. » C’est aussi dans cet ouvrage que se trouve l’image qui deviendra l’emblème de l’orthopédie : l’arbre tors !

Malgré la création de ce mot, cette nouvelle science médicale prendra du temps à s’imposer. Les premiers établissements spécialisés sont fondés par d’anciens chirurgiens ou des mécaniciens, souvent sans lien étroit avec les académies. En Suisse en 1780, par Venel à Orbe, en Allemagne en 1815, par Heine à Wurtzbourg et en France, par Humbert en 1818 à Morley…

Dans les années 1830, l’orthopédie connaît un véritable essor avec la création de plusieurs établissements spécialisés et un nombre infini de machines et lits thérapeutiques.  Et presque chaque pension de jeunes filles possède alors un lit mécanique orthopédique.

Cette frénésie est régulièrement dénoncée, notamment par un pamphlet anonyme de 1826, accusant tant les fondateurs qualifiés de charlatans que les riches clients crédules. C’est un pamphlet aussi politique où la noblesse est fortement critiquée : « Il est démontré que les familles de l’ancienne noblesse qui s’allient entre-elles dans un cercle étroit engendrent plus d’enfants difformes que les autres classes de la société ».

La nouvelle discipline est également critiquée et moquée dans la presse, avec de nombreuses caricatures ridiculisant cet art nouveau et ses machines complexes. Les plus célèbres sont les « Caricatures orthopédiques » de Frédéric Bouchot, parues vers 1832. Des pièces de théâtre se moquent également des malades crédules, comme le « tailleur de bossus » produit en 1826.

Il faut attendre l’établissement d’institutions créées par des docteurs en médecine proches des universités pour que l’orthopédie trouve ses lettres de noblesse, en particulier les centres fondés par les docteurs J. Guérin (1801 – 1886) à Paris, C. G. Pravaz (1791 -1853) à Lyon, et S. H. V. Bouvier (1799–1877).

L’orthopédie, forgée par de Nicolas Andry de Boisregard et ses prédécesseurs a traversé une période de contestation et de moqueries au début du XIXème avant de trouver sa légitimité.

P comme Pathologie

Que soignait-on à Morley ? Les pathologies prises en charge à Morley sont de trois types. Elles sont décrites dans les deux ouvrages de F. Humbert.

1° Les déviations de la colonne vertébrale  – scoliose

Première pathologie prise en charge dès la fondation de l’établissement, elles représentent la majorité des cas traités à Morley. Les orientations thérapeutiques du XVIIIe siècle, données par Levacher ou Andry, sont l’élongation et la correction transversale. Les corsets initiés au XVIe siècle par A. Paré sont toujours prescrits. Les traitements mis en œuvre à Morley s’en inspirent. Ils commencent par des bains de vapeur, douches et massages. Puis les patients sont placés dans des lits et fauteuils personnalisés, en fonction de la forme et du côté de la gibbosité. F. Humbert les nomme les « débossoirs ». Cette personnalisation l’oblige à construire à chaque fois des structures différentes, bien que la base reste identique. Cette complexité est décriée par le docteur Pravaz. « J’ai déjà fait observer dans un autre travail combien la complication de ces machines devrait en rendre l’application difficile à tout autre qu’à l’inventeur, […], je ne puis que reproduire avec plus de force mon opinion sur ce luxe stérile de moyens dynamiques dirigés vers une indication très simple, et qu’il est facile de remplir sans ce déploiement de cordes, de poulies, de leviers dont un atlas de plusieurs planches suffit à peine à donner une idée incomplète.» Les bases du traitement reposent sur l’extension verticale, complétée par une compression latérale. Ces traitements étaient donnés en continu, nuit et jour. Puis la rééducation se fait à l’aide de béquilles. L’usage des corsets est également attesté en fin de traitement, notamment avec ceux créés par l’entreprise Werly de Bar-le-Duc.

2° Les luxations de la hanche

Plusieurs années après la fondation de son établissement orthopédique, François Humbert révolutionne l’orthopédie par sa prise charge des luxations de la hanche et en particulier celui des luxations congénitales.  cf Lettre L comme Luxation

3° Les difformités des extrémités

Plusieurs autres difformités sont soignées à Morley, dans des proportions moindres. Ses connaissances sur la pathologie des pieds bots lui font utiliser soit des bottines déjà connues (Venel, Scarpa, Delpech…), soit des appareils de son invention. Il traite aussi diverses pathologies (genou, déviation latérale du bassin, rétraction musculaire de la jambe sur la cuisse…).

La durée des traitements mis en œuvre est importante. Les malades restent à Morley plusieurs mois, de six à vingt-quatre mois environ. Certains d’ailleurs décident de quitter Morley, dès qu’une amélioration notable s’installe, contre l’avis de l’orthopédiste.

D’autres pathologies :

F. Humbert prend aussi en charge des personnes qui ne semblent pas atteintes de pathologies orthopédiques, soit par amitié, soit par relations sociales, soit comme médecin de campagne, qui poursuit son activité antérieure. On peut citer deux patients qui illustrent ces autres traitements :

– Pierre Marie René Thomas d’Enfer qui meurt chez Humbert à l’âge de 56 ans.

– Madame Julie Doublat Muel, l’épouse du maitre de forges d’Abainville décède à Morley à l’âge de 33 ans.

Enfin F, Humbert poursuit ses opérations de la cataracte, où il semble exceller tout au long de sa carrière.

Q comme Quotidien

Le quotidien de Morley est rythmé par les soins donnés ! Ils commencent tôt :

A deux heures du matin, la fille chargée du service des bains les dispose, pour que toutes les personnes de l’établissement qui en font usage puissent les trouver prêts à leur arrivée. Quand cette fille juge qu’ils sont suffisamment chauds et que la température des appartements est à un degré convenable, elle va réveiller d’autres filles de service chargées de dégager mes malades de leurs appareils, de les lever et de les conduire aux bains. Les jeunes personnes, qui arrivent à tour de rôle, sans aucune autre distinction, se baignent deux à deux séparément et dans le même local. Or, comme les bains sont de deux espèces, les émollients et les fortifiants, il y en a quatre administrés en même temps, et la durée de chaque est de quinze minutes. L’opération terminée, les baigneuses sont reconduites à leurs lits et les appareils réappliqués au même instant. Les premières sont remplacées par d’autres et ainsi de suite.

A huit heures, un coup de cloche annonce le lever. Chaque fille se rend, à tour de rôle chez les malades dont elle est chargée, les sort de leurs appareils, prépare tout ce qui est nécessaire à leur toilette et leur applique les appareils ambulants.

A huit heures et demie, un second coup de cloche avertit que l’on dresse le couvert, et à neuf heures, un troisième prévient que le déjeuner est servi.

Après le déjeuner, les jeunes personnes se promènent, si le temps le permet, ou vont se visiter. Pendant ce temps, les filles de service approprient les chambres.

A onze heures, la cloche annonce que les bains sont prêts ; chacun, à tour de rôle, et dans le même ordre que le matin, prend celui qui lui est destiné. Les pensionnaires sont ensuite placées dans les appareils où elles doivent rester assises ; on dispose devant elles, sur des pupitres ou planches disposées à cet effet, tout ce dont elles ont besoin pour s’occuper pendant la journée, comme ouvrage à l’aiguille, de broderie, papier pour dessiner et pour écrire, etc.

Jusqu’à cinq heures, elles restent dans cette position, et y prennent leur goûter à une heure et demie. Les filles de service font de continuelles tournées dans les chambres pour procurer ce dont on peut avoir besoin.

A cinq heures, on donne le signal de la sortie des appareils ; à cinq heures et demie, on met le couvert et à six heures le dîner est servi.

Après le dîner, promenade si le temps et la saison le permettent. Dans le cas contraire, on se réunit et on s’amuse.

A huit heures, la cloche avertit de se retirer chacun dans sa chambre et une demi-heure après on sonne le coucher. Au même moment, les filles de service se rendent chacune à leur poste respectif, couchent les jeunes personnes et les placent dans les appareils de nuit. Cette opération finie, le chef de l’établissement accompagné d’une fille qui est spécialement chargée de la surveillance et de l’entretien des machines, fait sa ronde dans chaque chambre, s’assure si les appareils sont bien appliqués et prend connaissance de l’état des personnes en traitement, ainsi que de leurs besoins.

R comme Régime Politique

F. Humbert traversa de nombreux régimes politiques. Ils marquent chacun une période particulière de la vie de l’orthopédiste meusien.

Ancien Régime (avant 1789) : une enfance de l’ancien temps !

En 1776, il naît à Châlons-en-Champagne au sein d’une famille de magistrats, où il mène une enfance traditionnelle. Placé en nourrice, il reçoit une éducation classique chez les Bénédictins, se concentrant davantage sur l’étude des évangiles que sur la physique.

Révolution française (1789-1799) : une formation médicale d’une nouvelle ère !

Il entre à l’école militaire d’artillerie : « le langage me plut davantage que le latin auquel je ne comprenais rien. Cela m’amusait beaucoup et je m’y adonnais. Mais les idées de liberté, l’effervescence de la jeunesse, le peu de soins qu’on prenait de moi retardaient les progrès que j’aurais pu faire dans cette partie qui était tout à fait à mon goût. Pendant les 18 mois où j’ai suivi ce cours, j’ai perdu les trois quarts et demi de mon temps. La révolution marchait à grands pas, la guerre se déclara, les écoles furent suspendues ; tout était dans l’anarchie, les couvents transformés en hôpitaux. » En 1793, il entre à son corps défendant comme chirurgien surnuméraire à l’hôpital militaire ambulant de Châlons-en-Champagne. Sa mère, par ce fait, veut le soustraire à la levée en masse des soldats, qui arrive dès l’An II de la République. Il est chirurgien de 3ème Classe, sous la direction du chirurgien Huttier. En 1796, les surnuméraires sont licenciés. François Humbert reste au service du chirurgien militaire et s’occupe d’une clientèle civile que ce dernier s’est constituée. À l’automne 1797, il part à Paris étudier la médecine où il est hébergé chez un oncle maternel, avocat. « Arrivé dans le Nouveau Monde, sans conseil, sans appui, que faire ? Je demandais à mon oncle, conseil. Il me dit : « La jeunesse, mon domestique te conduira à l’École de médecine ». Et en effet, on m’y conduisit. Je fus frappé d’étonnement à la vue d’une réunion si nombreuse d’élèves, la majesté de l’amphithéâtre, l’éloquence du professeur, le morne silence des auditeurs. J’étais comme dans un état d’extase, ayant vu et entendu sans pouvoir en rendre compte, entraîné par le torrent, je suivis aveuglément là où la foule m’entraînait. Tout était pour moi, un nouveau sujet d’admiration. Après quelque temps d’observation, je reconnus que je pouvais me livrer à mes goûts : l’anatomie, la physiologie, la physique, l’anatomie comparée, l’astronomie, la visite des hôpitaux…». Il tient aussi un amphithéâtre d’anatomie au nom de Huttier qui vient de rejoindre le Val de Grace.

Consulat (1799-1804) : une vie militaire et des alliances familiales

Le 28 Floréal an VII (17 mai 1799), F. Humbert fuit Paris et entre dans l’armée comme chirurgien militaire de 3ème classe. C’est la 1ère campagne d’Italie, il est en stationnement à Embrun, Grenoble, Turin, Fort Queyras…. Il est vite nommé chirurgien de 2ème classe, mais il démissionne dès l’été 1800. De retour à la vie civile, il essaie de trouver du travail à Châlons, puis en Meuse, chez son père. C’est son mariage en 1802 qui le fixe à Morley. Mariage avec sa cousine, qui semble à la fois arranger un jeune homme sans argent et une cousine noble qui cherche peut-être à s’allier avec un homme au passé militaire des campagnes napoléoniennes. Ce mariage donne à F. Humbert un statut de petit notable local. Il est ainsi nommé Maire de Morley en 1803.

Premier Empire (1804-1814) : être officier de santé et soigner la population meusienne

Le 2 mars 1804, F. Humbert est accepté comme officier de santé meusien par le jury médical du département. En 1805, il devient en parallèle chirurgien en chef de l’hôpital de Joinville, poste qu’il quittera quelques mois plus tard, après le décès de son beau-père, Nicolas de Fleury qui lui laisse une fortune appréciable. En 1812, il est nommé médecin de vaccine du département, puis il est réquisitionné comme médecin des épidémies, pour faire face en 1813/1814 aux maladies que provoquent le retour des soldats après la débâcle française.

Restauration (1814-1830) : création et essor du 1er établissement orthopédique français

Après 13 ans passés à faire de la médecine générale et certainement à faire fructifier ses biens, F. Humbert fonde le 1er établissement orthopédique. La Restauration marque le développement de l’établissement meusien, le dernier grand bâtiment – le théâtre – est édifié en 1826. L’article du Constitutionnel du 4 juillet 1822 établit sa stature nationale. Mais Humbert reste apolitique, les symboles sont discrets, les plaques de cheminée illustrent cette neutralité, les fleurs de lys ont disparu. Quelques grandes familles nobles proches du gouvernement viennent à Morley assurant à l’établissement sa renommée. C’est à la fin de cette période qu’Humbert révolutionne l’orthopédie en se lançant dans le traitement des luxations en 1828.

Monarchie de Juillet (1830-1848) : la reconnaissance avant la fermeture de Morley

Cette période marque la diffusion des savoirs acquis par l’orthopédiste. La publication de son premier ouvrage en 1831, l’entrée de l’orthopédiste dans des sociétés savantes à partir de 1833, sa participation à l’exposition des produits de l’industrie à Paris en 1834 avec ses maquettes, le concours au prix Montyon de l’Académie des Sciences en 1836, la présentation de son livre au Roi des Français en 1837, ce qui lui vaut l’octroi de la Légion d’honneur, puis au Roi de Prusse en 1838 avec l’octroi de la grande médaille d’or de Prusse, la publication en 1839 d’un article sur Morley dans le journal de médecine de New-York. Puis en 1840, le décès de son fils unique, qui était voué à lui succéder, marque la fin de l’établissement. F. Humbert arrête progressivement ses travaux en n’acceptant plus de patient. Il profite de cette retraite pour se consacrer à des travaux sur l’agriculture.

Deuxième République (1848-1852) : le décès

Il décède en 1850.

S comme Société

Au cours de la première moitié du 19e siècle, les sociétés savantes ont joué un rôle crucial dans le développement de la science et de la culture. Ces organisations regroupaient des intellectuels, des scientifiques, des érudits et des artistes autour de l’idée de promouvoir la recherche, l’éducation et le progrès dans divers domaines du savoir. Elles ont souvent été des centres d’échange d’idées, de publications scientifiques, de débats intellectuels et des lieux de sociabilité.

Très tôt, F. Humbert a intégré ces sociétés. Ce réseau lui a permis d’être immergé dans un environnement intellectuel et scientifique d’envergure. La réception des annales ou autres bulletins lui assurait, même depuis Morley, de participer et de suivre les différentes avancées médicales de l’époque. De plus, ses ouvrages faisaient l’objet de comptes-rendus, tant lors des séances académiques que dans différentes publications. Dès 1800, alors qu’il était militaire à Grenoble, il intégra la société de santé de Grenoble. Ses travaux furent salués par le docteur Silvy : « Le cadavre a été injecté et disséqué par les CC Morelot et Humbert, officiers de santé distingués, qui ont apporté aux préparations anatomiques les soins les plus minutieux et les mieux dirigés… ».

En 1833, il adhéra à la Société Nationale d’Émancipation Intellectuelle et Industrielle, dont l’objectif était de « populariser les progrès agricoles et industriels », puis à la société polytechnique. Ses travaux novateurs en médecine lui valurent l’accès à différentes sociétés médicales en tant que membre correspondant à partir des années 1834.

1834 : Société royale de Médecine de Toulouse

1834 : Société royale de Médecine de Marseille

1838 : Société de Médecine de Leipzig

1838 : Société des Sciences de Blois

1838 : Société de Médecine de Lyon

1839 : Société de Médecine de Strasbourg

1839 : Société de Médecine de Montpellier

1842 : Société royale des Sciences de Nancy

T comme Tombe

T comme Tombe

La tombe de F. Humbert, cimetière de Morley.

En 1840, la mort prématurée du fils Humbert oblige l’orthopédiste à prendre une concession au nouveau cimetière de Morley. Au XIXe siècle, pour des raisons sanitaires, de nombreux cimetières quittent les enclos paroissiaux pour s’établir à distance des habitations. F. Humbert ne transfère pas le corps de sa femme et c’est donc aujourd’hui une tombe assez simple et monumentale où sont inhumés trois membres : Nicolas Humbert (1803-1844), François Humbert (1776-1850) et Mathilde de Menil (1804-1893). Pour François, elle porte juste la mention « Ancien chirurgien militaire, Fondateur du 1er établissement orthopédique en France ». Une tombe tombée est dans l’oubli, jusqu’aux années 1990, où nous avons commencé à la nettoyer, puis la mairie de Morley entreprit des travaux. L’enclos métallique a disparu, puis au fil des années, les inscriptions se sont effacées. Un projet de panneau explicatif est en cours de négociation.

L’épitaphe de la famille Humbert, Eglise de Brauvilliers,

La sacristie de l’église de Brauvilliers renferme deux épitaphes des aïeux de François Humbert : Jean et Edme Humbert. « dom cy gist honorable homme me (messire) Edme Humbert vivant Pr (procureur) fiscal de Brauvilliers décedé le 18 décembre 1680 âgé de 80 ans leql (lequel) a donné à cette église par testament du 7 8 gré (octobre) 1680 la soe (somme) de cent quatre vingt livres à Chargé de faire dire et célébrer annuellement et à perpétuité trois messes hautes AUECVIGILES et RECOMMANDISES à savoir VNE Pr (pour) le repos de son âme qui se dira pareil pour que son DECEDS (au jour anniversaire de son décès) l’autre pour le repos de l’âme d’honnête femme Jeanne Geoffroy son épouse décédée le 1r avril 1688 âgée de 88 ans qui se dira pareil jour et l’autre Pr le repos de l’âme de Françoise Humbert leur fille décédée le 23 XBRE (décembre) 1666 et aussi de faire dire les jours de Toussaint et trépasses six libera deux Pr le repos de l’âme de chacun des dits défunts priez dieu pour leurs âmes »

La tombe du Vendéen, Morley.

Un ami de F. Humbert, Pierre Marie René Thomas d’Enfer décède à Morley en 1826, alors qu’il séjournait chez Humbert. Originaire de Fontenay le Comte, cet ancien militaire est enterré dans le cimetière de Morley. Lors du transfert du cimetière, la pierre tombale fut réutilisée pour servir de socle à une croix de chemin : la croix du Vendéen. Là encore, les inscriptions s’effacent, mais la croix est toujours debout à la croisée des chemins à Morley…

La tombe du docteur Lefebvre

Dernier médecin associé à l’établissement orthopédique, le docteur Jean Baptiste Marguerite Elisabeth Antoinette Jules Lefebvre (1799-1851) originaire de Montiers sur Saulx exerce à Joinville. Il repose dans un carré familial des familles Lefebvre, Marteau au cimetière de Montiers sur Saulx.

La tombe de Madame Muel Doublat, cimetière d’Abainville.

La femme du maître de Forges d’Abainville décède chez F. Humbert. Nous pensons qu’elle était en soins à la suite d’un accident ou d’une maladie ; preuve que F. Humbert garda une activité d’officier de santé pour quelques clients particuliers. Il fut « facile de transférer le corps et c’est au cimetière d’Abainville que vous pouvez voir sa tombe qui mériterait une « petite » restauration.

La tombe de Mademoiselle de Champagneux, Père Lachaise, Paris.

Patiente de François Humbert en 1824, Malvina de Champagneux est la petite-fille de Madame Roland, égérie girondine de la Révolution. Sortie « guérie » de Morley, elle épouse en 1830 un Parisien, puis décède du choléra en 1832. Elle est enterrée au Père Lachaise où sa tombe est dans l’oubli, mais toujours visible…

L’enclos funéraire de la famille Gros, Wesserling.

Plusieurs membres de la famille Gros furent soignés à Morley. Implanté à Wesserling, l’enclos funéraire privé est toujours à proximité de leur manufacture. Les patients de Humbert y sont enterrés, ainsi que Catherine Gros, dont nous avons conservé sa correspondance, écrite depuis Morley en 1828.

U comme Université

Le 15 septembre 1793, les universités avaient disparu en France, la Convention leur préférant de grandes écoles spéciales. Le décret du 14 frimaire an III (4 décembre 1794) instaure les trois écoles de santé : Paris, Montpellier et Strasbourg. C’est dans celle de Paris que François Humbert passa quelque temps à étudier la médecine, mais il abandonna ses études pour s’engager dans les armées de la guerre d’Italie. Il faut attendre 1806 (puis 1808 pour que les décrets d’application) pour que l’Université réapparaisse sous la volonté de Napoléon Ier.

C’est donc Nicolas Humbert, le fils qui va prendre le chemin de l’Université pour suivre ses études en médecine et obtenir le titre de Docteur, titre qui manque tant à l’orthopédiste meusien.

Nicolas est né en août 1803, à Morley. Le jeune homme entre à l’Université de Paris en 1824 et nous pouvons suivre ses études. Il passe ses 5 examens avant sa thèse entre 1828 et 1830. Ses notes semblent assez moyennes, et il repassera 4 fois son dernier examen. Puis le 21 mai 1830, soutenance de sa thèse « Dissertation sur l’érysipèle ». Pendant la durée de ces études, il habite 141 rue St Jacques, 17 rue des Maçons Sorbonne, puis 33 rue Hyacinthe. En parallèle, il semble avoir passé son bac es sciences en 1827, à Caen. À confirmer. La dédicace de sa thèse s’adresse à ses parents :

 « Aux mânes d’une excellente mère », elle est décédée en décembre 1824.

« Au meilleur des pères, mon ami, Témoignage et reconnaissance d’amour filial ».

Puis il cite Ovide, « da veniam scriptis, quorum non gloria nobis/ causa, sed utilitas officiumque fuit ». Sois indulgent pour des écrits qui m’ont été dictés non par l’amour de la gloire, mais par l’intérêt et par les devoirs de l’amitié.

L’ami et co-auteur de F. Humbert, le docteur Jacquier de Ervy, soutient, à Paris, sa thèse en 1813, « dissertation sur le goitre ». Il réussit avec succès l’ensemble de ses examens.

Puis, nous pouvons aussi retrouver le parcours universitaire du docteur Champion, élève du docteur Moreau. Il soutient sa thèse « Essai sur la résection des os cariés… » à la faculté de Paris, le 18 janvier 1815. Son jury est des plus prestigieux : Percy, Vauquelin, Dupuytren, Chaussier… Champion est dispensé en partie des 4 premiers examens, au regard de son dévouement humanitaire envers la population de Bar-le-Duc.